Dans nos collections...
///Le journal du Préhistomuseum

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Un biface retrouvé dans le lit d’une rivière

 

 

Ce beau biface noir en silex, dont on peut encore apercevoir un bout de cortex, la craie dont il était entouré à l’origine, a été probablement retrouvé dans les années ‘70 dans l’Oise à la suite de travaux de dragage dans le cadre de la mise en place des réseaux de voies navigables. En 1994, il est entré dans les collections du Musée. Voici son histoire.

Qu’est-ce qu’un biface ?

Le biface fait partie des objets emblématiques de la Préhistoire. Taillé sur les deux faces, sa forme est « extraite » d’un bloc de pierre par façonnage, c’est-à-dire par des enlèvements successifs d’éclats qui vont lui donner sa forme. C’est un outil caractéristique du Paléolithique inférieur et moyen : il apparaît vers 1,5 millions d’années en Afrique, où il a été par les Homo erectus (« Acheuléen », Paléolithique inférieur). On le retrouve en Europe à partir de -700 000 ans, et il y perdure à l’époque de l’Homme de Neandertal (Paléolithique moyen), jusqu’à environ -40 000 ans.

On en connaît une grande variété de formes (en forme d’amande, ovalaires, triangulaires...) et de dimensions (une vingtaine de centimètres pour les plus grands, et parfois quelques centimètres seulement pour certaines pièces bifaciales de la fin du Paléolithique moyen). Considéré comme un véritable « couteau suisse » de la Préhistoire, les bifaces ont pu servir à différents usages, parfois simultanément sur une même pièce, avec dans certains cas des raffûtages entre différentes utilisations, qui ont pu modifier sa morphologie initiale. Cependant, les études tracéologiques (étude des traces d’usage laissées sur les bords actifs des objets) sur bifaces sont assez rares, surtout pour les périodes les plus anciennes, et leur fonction exacte est donc difficile à déterminer. Bien que certains bifaces plus récents présentent des traces liées aux activités de boucherie, cette fonction ne peut pas être généralisée à tous les bifaces de toutes les périodes.

La complexité de la « chaîne opératoire » de la taille bifaciale, et l’indispensable image mentale que le tailleur a dû avoir en tête pour façonner de tels objets (la forme de l’outil était « prédéterminée » avant qu’il ne commence à tailler le bloc de départ) démontre bien les capacités cognitives et techniques des humains qui les ont réalisés dès les phases très anciennes de la Préhistoire.

Les dragages de l’Oise

Dans l’Oise, comme dans d’autres fleuves et rivières, la mise en place des réseaux de voies navigables ont mené à la découverte de nombreux objets archéologiques dans le cadre de dragages, c’est-à-dire l’extraction des sédiments accumulés au fond des cours d’eau pour assurer une profondeur suffisante, et ce dès la deuxième moitié du 19e siècle. Dans les années ’70, des travaux de grande envergure ont été réalisés dans l’Oise afin de la mettre aux normes européennes des voies navigables : construction d’écluses, aménagement des berges, dragages...

Contrairement aux dragages anciens, réalisés à l’aide de « dragues à godets » (les ouvriers pouvant alors voir les objets dans les godets et les recueillir), les dragages plus récents sont réalisés à l’aide de grandes « dragues suceuses ». Une surveillance a donc été organisée sur les lieux de dépôts de matériaux de dragage, où les éventuels objets archéologiques ont pu être récoltés dans des bassins de décantation. Des objets datant de la Préhistoire (dont des bifaces similaires à celui-ci), du Néolithique et des Âges des métaux ont ainsi été découverts.

Notre biface pourrait provenir de ce contexte, mais son lieu de découverte exact et son parcours antérieur à son entrée au musée en 1994 nous sont aujourd’hui inconnus.

La collection « de Seille »

Cette pièce fait partie d’une collection d’objets préhistoriques européens et nord-africains, donnée aux Chercheurs de la Wallonie par Monsieur L. de Seille, Docteur à Neuville-en-Condroz, en 1994. Cet ensemble fait partie des nombreuses collections privées données ou déposées au Centre de Conservation, d’Étude et de Documentation du Préhistomuseum, qui contribuent à rendre ce patrimoine accessible à tous.

À découvrir dans notre exposition temporaire « Sapiens got Talent »

Cette pièce est présentée dans l’exposition « Sapiens got Talent » pour illustrer l’une des grandes inventions de la Préhistoire – l’outil – et l’un des grands talents de l’humanité que ces inventions mettent en lumière – le talent de l’imagination.

Bien qu’il ne s’agisse pas du plus vieil outil connu (les plus vieux outils taillés du monde datent de 3,3 millions d’années et proviennent du Kenya), ce biface témoigne bien du fait qu’avec son imagination, l’humanité peut toujours trouver des solutions innovantes pour satisfaire ses besoins et résoudre ses problèmes. De cette imagination peuvent émerger des très belles choses, au-delà des simples besoins auxquels répond la création des outils : le biface, de par sa symétrie et sa régularité, témoigne d’une recherche tant esthétique que fonctionnelle.

Ces considérations nous laissent rêver, et imaginer à notre tour ce qui a pu traverser l’esprit des hommes et des femmes de la Préhistoire.

Fiche d'inventaire

Site graviers de l’Oise, France
Description

biface de section plano-convexe, avec un dos cortical réservé

Matière silex
Dimensions 16,3 x 8,7 cm
Datation Paléolithique inférieur (Acheuléen, entre -700 000 et -200 000 ans)
N° inventaire MPW-IT-12093
Propriétaire Chercheurs de la Wallonie, collection « de Seille »
Emplacement Préhistomuseum, en réserves. Présenté dans l’exposition temporaire « Sapiens got Talent » à partir d’avril 2024.

Liens pour en savoir plus :

Bifaces :

https://musee-prehistoire-eyzies.fr/collection/objet/le-biface

Dragages de l’Oise :

https://www.persee.fr/doc/pica_0398-3064_1977_num_4_1_1242

https://www.persee.fr/doc/pica_0398-3064_1978_num_5_1_1260

Lien vers la fiche d’inventaire de cet objet :

https://www.prehisto.museum/fr/journal/_0/13

 Exposition temporaire « Sapiens got Talent » :

https://prehisto.museum/sapiens-got-talent-exposition/

 

Photos et crédits :

© Préhistomuseum